Les frontières ouvrent de nouvelles perspectives

Avant d’arriver à Francfort, j’ai toujours vécu dans une région frontalière : dans le carrefour des quatre régions Sarre-Lor-Lux-Belgique, à la frontière franco-suisse et à la frontière germano-suisse. La frontière était donc pour moi omniprésente. Si au début, je la percevais un élément de séparation, j’ai appris rapidement à l’envisager comme un enrichissement. Derrière, il y avait souvent des choses que je ne trouvais pas dans ma propre ville. Chaque frontière devenait ainsi une clé pour accéder à des options supplémentaires, pour peu que l’on sache aussi les reconnaître. Pour découvrir ces options, j’ai dû franchir une étape très importante – à savoir bouleverser mes propres limites intérieures, élargir mon regard sur « l’étranger » et abandonner les préjugés et les clichés. M’intéresser donc aux personnes qui vivent derrière la frontière, bâtir des relations et comprendre pourquoi telle chose se passe comme ça ici et pas différemment.

L’expérience de l’enrichissement que constitue le dépassement des limites extérieures comme intérieures et les opportunités supplémentaires qui en découlent ont marqué mon cheminement à la fois personnel et professionnel et ont surtout régulièrement relativisé mes modes de pensée et de comportement. C’est précisément l’enjeu pour les cadres dans le contexte interculturel : abandonner leur vision éthnocentrée (fixée sur leurs propres valeurs) au profit d’une vision plutôt basée sur la culture. Ou si vous voulez, ne pas se contenter d’une seule paire de lunettes mais en changer régulièrement au gré de la lumière.

Expériences

J’ai grandi dans différentes villes de trois pays : la Suisse romande, la France et l’Allemagne. L’avantage : grâce à mon parcours scolaire en France, le français est devenu ma seconde langue maternelle. J’ai ensuite étudié la sociologie avec comme options principales la psychologie sociale et la culture, là où la France et l’Allemagne sont les plus proches, c’est-à-dire en Sarre. Une bonne combinaison car mon bilinguisme et mes connaissances des thèmes culturels m’ont valu, directement à la sortie de mes études, d’être embauché comme collaborateur scientifique dans le domaine de la collaboration transfrontalière au département de la culture de Sarrebruck, chef-lieu de la Sarre. L’objectif de ce poste unique en Allemagne était d’exploiter les opportunités des frontières dans la région Sarre-Lor-Lux et en particulier de connecter en réseau les quatre villes de Luxembourg, Metz, Trèves et Sarrebruck.  Parmi les projets qui ont vu le jour conjointement à l’époque, certains fonctionnent encore aujourd’hui et servent de base à une création de réseau sur l’ensemble de la région.

J’ai ensuite transmis mes connaissances de la création de réseau transfrontalier à de nombreuses entreprises, institutions et communes en tant qu’associé dans une agence de communication à Francfort. Entre 1992 et 1996, j’ai travaillé comme responsable de la création de réseau culturel transfrontalier à l’International Centre for Culture & Management de Salzbourg En 1994, j’ai été responsable de la conception et de la réalisation du congrès « Management européen – Création de réseau transfrontalier de la culture et de l’économie. Compétences-clés interculturelles pour les cadres à Sarrebruck ».

J’ai franchi un nouvel échelon en 1995 en assumant une fonction de direction au sein du groupe français AXA en Allemagne. En effet, assumer un rôle de dirigeant dans un environnement international a représenté un nouveau défi. J’ai en plus reçu un solide bagage en participant à l’Académie de management AXA à Bordeaux. Pour moi, travailler dans un aussi grand groupe a été une condition préalable importante pour devenir ensuite indépendant car j’ai pu y allier parfaitement communication, direction et thèmes transfrontaliers. Au-delà, j’ai eu pour mission particulière de contribuer à reconstruire une entreprise et à en faire en l’espace de trois ans seulement le leader sur le marché dans le domaine de l’assurance auto directe.

Depuis 2001, je travaille en indépendant comme consultant en communication, coach commercial et formateur sur les thèmes de la communication, de la direction, de la maîtrise de soi et sur les questions interculturelles et transfrontalières. D’autres formations m’aident en l’occurrence à refléter systématiquement mes expériences et à les mettre en forme pour des coachings et des formations.

  • Formation de « coach commercial international » à l’European Coaching Company en coopération avec le département spécialisé de psychologie du travail et des entreprises de l’Université d’Osnabrück
  • Formation de « coach d’équipe orienté solutions » au Forum de formation continue de Bâle et de Lucerne
  • Formation continue de « maître PLN » et en communication non-verbale

Aujourd’hui, je travaille avant tout avec des cadres sur leur gestion des limites intérieures et extérieures et en l’occurrence à préserver et améliorer leur efficacité durant les phases de changement. Il s’agit avant tout pour eux d’un accompagnement orienté processus, « proche des gens » et ce aussi bien avec des personnes individuelles qu’avec des équipes.

Conclusion

J’en suis arrivé à la conclusion importante qu’on peut travailler avec des personnes d’origines professionnelles comme nationales extrêmement différentes lorsqu’il existe un intérêt réciproque, que les objectifs communs sont clairs, que les points de vue respectifs ont été énoncés et que les compétences en communication ont été développées en conséquence. Un rôle-clé incombe en l’occurrence à la direction car ce processus ne porte ses fruits que si les cadres sont en mesure de gérer la complexité des situations interculturelles de manière ciblée et efficace.

Il est bon de connaître la culture de l’autre mais s’y confronter, la considérer comme une impulsion et un enrichissement dépend toutefois pour l’essentiel de son propre état d’esprit. Un phénomène que j’ai pu observer à loisir en accompagnant de nombreuses reprises d’entreprises et fusions. Les cultures d’entreprise marquent certainement leurs collaborateurs mais la motivation et la capacité personnelles contribuent aussi à l’intégration dans un nouvel endroit.

La conclusion reste pour moi que les limites extérieures sont plus rapides à dépasser que les limites intérieures. Une conclusion dont je trouve régulièrement la confirmation depuis plus de douze ans en tant que consultant, coach et formateur indépendant. Dans mon travail, j’attache donc une attention particulière aux stratégies dont disposent les cadres, les collaborateurs et les équipes pour aborder les changements et les thèmes interculturelles, aux ressources auxquelles ils ont recours, à la manière dont ils en font l’expérience et communiquent et à la manière dont les cadres initient et accompagnent, par exemple, les processus de changement avec leurs collaborateurs.

Approche

Mon appoche repose sur trois piliers :

Approche interculturelle : Il s’agit toujours en l’occurrence d’une nouvelle perspective intégrative qui reprend en complément les modèles de pensée et d’action des collaborateurs issus de différentes cultures.  La capacité à relativiser son propre système de valeurs et à accepter de nouvelles perspectives avec tolérance et ouverture joue un rôle important en la matière.

Approche éducative : L’oscillation entre différents modèles culturels exige une bonne dose de flexibilité et des points de vue supplémentaires. Se repérer dans un nouveau pays va de pair avec l’extension de ses propres compétences à penser et à agir. Des forces et des ressources supplémentaires utiles aux entreprises voient le jour. La clé de la réussite réside dans la volonté d’apprendre.

Approche  de leadership et de communication : La complexité accrue des projets interculturels et transfrontaliers exige un degré élevé de maîtrise et de communication. Les besoins portent en l’occurrence sur des compétences comme la flexibilité et la capacité à changer de perspective, l’orientation relation, la capacité d’intégration et de résolution des conflits ainsi que la maîtrise de soi.